Fixer la valeur d’une oeuvre d’art n’est pas chose aisée. Pour tout objet manufacturé, on prend en compte la conception, le cout de fabrication, la main d’oeuvre. Le prix peut varier en fonction du marché, selon la fameuse loi de l’offre et la demande. Pour une oeuvre d’art, appliquer ces critères n’est pas simple. Un tableau peut prendre des semaines à réaliser et il s’agit d’une pièce unique. Le prix devrait donc être élevé. Mais pour un artiste contemporain inconnu, c’est impossible s’il veut nourrir sa famille et ne pas entasser ses tableaux dans un placard.Par tâtonnements, on finit par trouver le juste prix. Mais qu’est ce que « Le juste prix »? Jusqu’aux impressionnistes, la peinture restait un art raisonnable où les collectionneurs étaient avant tout des esthètes. Les prix faramineux atteints par certains artistes au milieu du XXè siècle ont créé ce qu’on appelle aujourd’hui le « Marché de l’art ». Les artistes sont devenus des produits boursiers, avec une cote. Les collectionneurs sont devenus des investisseurs. Pour Duchamp en 1917, l’avènement du monde moderne et notamment la photographie marquent la fin de la peinture. Il veut choisir n’importe quel objet au hasard et le mettre au Musée. Il invente le Ready Made, un objet manufacturé du quotidien qui, exposé dans un autre cadre change de sens. Il choisit un urinoir qu’il retourne et intitule « Fontaine ». Le premier urinoir de Duchamp a été perdu, une réplique en faience fut donc réalisée en 8 exemplaires dont l’une acquise par le centre Pompidou en 1986 pour 232.000 €. Il est estimé aujourd’hui 3M€.

En 1961, l’artiste italien Piero Manzoni présente 90 boites de conserve contenant ses excréments, numérotées et signées et qu’il intitule « Merde d’artiste ».

Le fait que ces objets provocateurs trouvent acquéreurs à des prix insensés peut choquer. Mais qui est le plus fou, celui qui met sa « merde » en vente ou celui qui l’achète? Essayez donc de vendre la votre ce prix là!

La dernière oeuvre dont je souhaite parler est évidemment ce tableau de Banksy vendu chez Sotheby’s en 2018 pour 1,2 M€ et qui s’est autodétruit après le coup de marteau du commissaire priseur. Sans préjuger du talent de ces artistes provocateurs, on peut en tous cas affirmer qu’ils ont le génie du Marketing, ils dénoncent le système en l’utilisant parfaitement. Ce seul talent force déjà l’admiration!

Mais ce qui me sidère le plus, c’est que l’acquéreur du Banksy ait maintenu son offre pour le tableau déchiqueté, preuve s’il en était besoin qu’on est définitivement passé dans l’Art Business. On est bien à l’ère du Trad’Art

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